256, 384 ou 640 pixels : la résolution expliquée

Sur une fiche Amazon, le chiffre de résolution est le plus visible et souvent le plus trompeur. Un même appareil peut y porter trois nombres différents : celui que le capteur mesure, celui que le logiciel extrapole, celui que l’écran affiche.

Trois classes de capteurs, trois ordres de grandeur

Les caméras thermiques grand public utilisent des microbolomètres non refroidis, et leur résolution tombe presque toujours dans l’une de trois classes. Le calcul des pixels montre que l’écart est plus grand qu’il n’y paraît :

  • 256 × 192 : 49 152 pixels. C’est l’entrée de gamme actuelle, celle du TOPDON TS004 et de la lunette AGM Rattler.
  • 384 × 288 : 110 592 pixels, soit 2,25 fois plus. C’est la classe de l’AGM Taipan TM15-384, du HIKMICRO Lynx LH19 et du TOPDON TS004 Pro, le moins cher d’entre eux, comme l’explique notre avis sur le TOPDON TS004 Pro.
  • 640 × 480 : 307 200 pixels, 6,25 fois plus qu’un 256. On la trouve sur des appareils nettement plus chers, qu’aucun modèle de notre sélection ne représente.

Passer de 256 à 384 ne multiplie donc pas l’information par une fois et demie, mais par plus de deux. En thermique, où chaque pixel est une mesure de température, ce surplus se voit surtout sur les contours : oreilles, pattes, forme de la tête.

Pixelisation du même sanglier à 150 m : environ 9 pixels de long avec le TS004 (256 × 192, 13 mm), environ 13 avec le TS004 Pro (384 × 288, 19 mm)
À champ de vision presque égal, le capteur 384 × 288 met 1,5 fois plus de pixels sur l’animal.

Natif ou extrapolé : le cas du TS004

Le titre Amazon du TS004 annonce « 320 × 240 ». Ce n’est pas la définition du capteur, qui reste un 256 × 192 natif. Le chiffre supérieur vient du TISR, une super-résolution logicielle : le processeur calcule des pixels intermédiaires à partir des pixels réels pour lisser l’image et affiner les bords. Le résultat est plus agréable à regarder, mais il n’invente aucune information que le capteur n’a pas captée.

Les acheteurs le rappellent souvent, cette amélioration d’image est désactivée par défaut. Activez-la dans le menu dès la première utilisation, sinon vous jugerez le TOPDON TS004 sur une image moins soignée que ce qu’il sait faire. Pour comparer deux modèles honnêtement, regardez toujours la résolution native, celle qu’indique pour chaque appareil le tableau de notre page d’accueil.

L’écran n’est pas le capteur

La définition de l’écran sème elle aussi la confusion. Le TS004 affiche son image sur un OLED de 640 × 480, le Taipan sur un micro-écran LCOS de 1280 × 960, le Rattler sur un OLED de 1024 × 768, le Lynx LH19 sur un AMOLED de 1920 × 1080. Un bel écran rend l’image plus confortable et moins pixelisée à l’œil, mais il ne fait qu’afficher, agrandie, l’image du capteur. Un 256 × 192 sur un écran de 1024 × 768 reste un 256 × 192.

Même logique pour le zoom numérique en 2×, 4× ou 8× : il agrandit les pixels existants, il n’en ajoute aucun. À 8×, l’image d’un capteur 256 est faite de gros pavés, utiles pour confirmer une silhouette, pas pour lire un détail.

Le pas du pixel et l’objectif font le reste

Les cinq appareils de notre sélection ont le même pas de pixel, 12 µm, la norme actuelle. À pas égal, ce qui détermine la finesse de l’image à distance, c’est la focale de l’objectif : plus elle est longue, plus chaque pixel « regarde » une petite portion de la scène, et plus le champ se resserre.

AppareilCapteur natifObjectifChamp de visionUn pixel couvre à 100 m
TOPDON TS004256 × 19213 mm13,5° × 10,1°environ 9 cm
TOPDON TS004 Pro384 × 28819 mm13,8° × 10,4°environ 6 cm
HIKMICRO Lynx LH19384 × 28819 mm13,8° × 8,4°environ 6 cm
AGM Taipan TM15-384384 × 28815 mm17,5° × 13,1°environ 8 cm
AGM Rattler V2 19-256256 × 19219 mm9,3° × 6,9°environ 6 cm

La dernière colonne se calcule simplement : pas du pixel divisé par la focale, multiplié par la distance. Elle révèle ce que les fiches ne disent pas. Le Taipan, notre modèle haut de gamme, dépense surtout ses pixels supplémentaires en champ de vision, le plus large de notre sélection, idéal pour balayer une lisière. Le Rattler, avec son objectif de 19 mm, voit plus fin à distance que le Taipan, mais dans un champ étroit, logique pour une lunette de tir. Le TS004 Pro et le Lynx LH19 marient 19 mm et 384 pixels, ce qui leur donne la finesse du Rattler dans un champ comparable en largeur à celui du TS004. Le TS004 est le compromis le plus modeste sur les deux plans.

Ce que cela change sur le terrain

Prenez un sanglier d’environ un mètre de long à 100 m. Il occupe une dizaine de pixels en largeur sur le TS004, une douzaine sur le Taipan et environ seize sur le Rattler, le TS004 Pro ou le Lynx LH19. À 300 m, divisez par trois : de trois à cinq pixels, de quoi savoir qu’un animal est là, pas de quoi dire lequel. C’est tout le sujet de notre guide sur les portées annoncées, qui explique pourquoi la portée de détection est si éloignée de la distance à laquelle on reconnaît un animal.

La résolution n’est pas pour autant le seul critère. Un capteur plus sensible sépare mieux les températures proches, un point détaillé dans notre article sur la NETD. Et la palette change beaucoup la lisibilité d’une petite image : un 256 bien réglé en blanc chaud peut se lire plus facilement, sur une longue observation, qu’un 384 dans une palette très colorée, comme le montre notre guide des palettes de couleurs.

256, 384 ou 640 : pour qui ?

  • 256 × 192 : pour observer à courte et moyenne distance, en forêt, en lisière, pour retrouver un animal ou pour les balades nocturnes. Largement suffisant si l’on accepte d’identifier de près.
  • 384 × 288 : pour ceux qui observent souvent de grands espaces ouverts, veulent reconnaître l’animal plus loin ou profiter d’un champ plus large.
  • 640 × 480 : pour un usage intensif ou professionnel, avec un budget en conséquence.

Pour la chasse en France, gardez en tête que seuls les appareils tenus à la main sont autorisés, comme le rappelle notre guide monoculaire ou lunette de visée. Et pour voir les cinq appareils côte à côte, avec leur capteur, leur autonomie et leur gamme de prix, direction notre comparatif des lunettes thermiques.

Le choix pour plus de pixels

Avec son capteur natif 384 × 288, l’AGM Taipan TM15-384 affiche 2,25 fois les pixels du TS004, le champ de vision le plus large de notre sélection et seulement 290 g en main.

Questions et réponses

Autres questions sur la résolution

Le TS004 a-t-il un capteur 320 × 240 ?

Non. Son capteur natif est un 256 × 192. Les 320 × 240 annoncés sortent de la super-résolution logicielle TISR, désactivée par défaut, qui lisse l’image sans ajouter d’information réelle.

Quelle différence entre 256 × 192 et 384 × 288 ?

Un capteur 384 × 288 compte 110 592 pixels, soit 2,25 fois plus que les 49 152 pixels d’un 256 × 192. Selon l’objectif, cet écart se traduit par un champ plus large, par plus de détail à distance, ou par un peu des deux.

Le zoom numérique améliore-t-il la résolution ?

Non. Le zoom numérique agrandit les pixels existants. Il aide à regarder une silhouette de plus près à l’écran, mais n’ajoute aucun détail que le capteur n’a pas capté.

Faut-il absolument un capteur 640 × 480 ?

Pour la plupart des usages de loisir, non. Un 256 ou un 384 suffit pour observer, balayer une lisière ou retrouver un animal. Le 640 s’adresse à un usage intensif, avec un budget bien supérieur.

Que signifie un pas de pixel de 12 µm ?

C’est la taille d’un pixel du capteur, soit 12 millièmes de millimètre, la norme actuelle. À pas égal, c’est la focale de l’objectif qui fixe la portion de scène couverte par chaque pixel, donc la finesse à distance.